Stratégie

Bangladesh : intensification du mouvement de grève pour les salariés du textile

Par Agnès Redon | Le | International

Après deux semaines de grève des travailleurs du textile au Bangladesh, le gouvernement a annoncé une augmentation du salaire minimum de 56 % le 7 novembre 2023.
Cette augmentation reste insuffisante pour les organisations syndicales et les mouvements de grève s’intensifient.

Bangladesh : manifestations historiques et grève des ouvriers du textile - © DR.
Bangladesh : manifestations historiques et grève des ouvriers du textile - © DR.

Les revendications 

Les grèves lancées fin octobre 2023 par les travailleurs du textile des 600 usines fournissant notamment H&M, Gap, Walmart ou Primark s’intensifient au Bangladesh.

Le Gouvernement a annoncé une augmentation de 106 euros par mois pour les travailleurs du textile, qui devrait entrer en vigueur le 1er décembre 2023. Les principales organisations syndicales réclament un doublement de leur salaire, aujourd’hui d’environ 70 euros par mois.

Cette mesure d’augmentation a été rejetée par les travailleurs et les syndicats qui affirment que les salaires n’ont pas suivi l’inflation au cours des cinq dernières années. L’inflation a atteint 9 % entre 2022 et 2023, le taux moyen le plus élevé depuis 12 ans, selon le Bureau des statistiques du Bangladesh.

Worker Rights Consortium une organisation indépendante de défense des droits des travailleurs du textile a formulé les revendications suivantes :

  • Les délibérations du Conseil national des salaires doivent être menées de manière transparente et les voix des syndicats indépendants doivent être entendues dans ce processus ;
  • Les droits des travailleurs et des syndicats doivent être respectés à la fois par le gouvernement et les propriétaires d’usines, sans recours à la force ni à d’autres représailles ;
  • Il est temps pour les marques d’aller au-delà des belles paroles pour un salaire décent pour les travailleurs qui fabriquent leurs produits.

Le mouvement social s’intensifie

De violents affrontements ont éclaté aux quatre coins du pays, si bien que trois personnes y ont trouvé la mort. D’après France 24, le 4 novembre 2023 dans la ville industrielle d’Ashulia, des heurts ont eu lieu alors que 10 000 ouvriers ont tenté d’empêcher leurs collègues de reprendre leur poste. 

 « La situation s’intensifie et devient de plus en plus violente », a déclaré au média CNN le 9 novembre 2023 Christina Hajagos-Clausen, directrice de l’industrie du textile et de l’habillement chez IndustriALL Global Union, à laquelle les syndicats du Bangladesh sont affiliés.

Le Bangladesh n’a pas connu de manifestations aussi violentes depuis une dizaine d’années, depuis l’effondrement dévastateur du Rana Plaza en 2013. Dans ce bâtiment de neuf étages d’usines de confection, 1.127 personnes, pour la plupart des femmes, étaient mortes dans la catastrophe.

Les usines des grands groupes mondiaux d’habillement touchées

Selon Kalpona Akter, présidente de la Fédération des travailleurs de l’industrie et de l’habillement du Bangladesh, ces usines fournissent des marques ou des distributeurs tels que « Gap, Walmart, H&M, Zara, (le groupe) Inditex (dont Zara fait partie), Bestseller, Levi’s, Marks and Spencer, Primark et Aldi ».

Cette grève pourrait avoir un impact sur la fabrication des vêtements des grandes marques occidentales, qui travaillent avec certaines usines touchées par le mouvement. Le secteur du textile est en effet une industrie phare du Bangladesh, avec 3.500 usines employant quatre millions de travailleurs, faisant du pays le deuxième exportateur mondial de vêtements derrière la Chine. 

La fabrication de vêtements de prêt-à-porter domine ainsi le secteur industriel du pays, qui représente 35,1 % du produit intérieur brut annuel du Bangladesh, selon le département américain du Commerce.